Faire connaître le BD taïwanais aux Français : Nancy Li construit des passerelles avec un stand de livres itinérant

Article publié en mandarin par l’Agence centrale de presse de Taïwan (CNA). Traduction française fournie à titre de référence, uniquement pour échange avec les personnes interviewées. Version originale : cliquez ici.

Nancy Li, Taïwanaise installée en France, a fondé la librairie en ligne « La boutique de Taïwan », spécialisée dans la vente de bandes dessinées taïwanaises en version française. Bien qu’elle ne dispose pas de boutique physique, elle tient des stands dans les grands festivals de BD en France, afin d’être directement au contact des lecteurs et de fidéliser un lectorat étranger passionné de BD taïwanaise. Li déclare : « J’espère être un pont, pour que chacun sache que ces œuvres viennent de Taïwan. »


Lors d’un entretien, Nancy Li explique que l’idée de créer La boutique de Taïwan était de donner une plus grande visibilité aux œuvres taïwanaises en France et en Europe, afin que ces mangas taïwanais, qui ont eu tant de mal à obtenir la faveur d’éditeurs français, à être traduits et publiés, puissent être vus parmi la multitude des publications françaises.

Afin de mettre le BD taïwanais directement sous les yeux des Français, Li a adopté une stratégie de stand de livres et, depuis la création de « La boutique de Taïwan » il y a plus d’un an, elle a participé au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, au salon SoBD à Paris, au Festival bd BOUM de Blois, entre autres. En plus de cela, elle a aussi participé à la Foire du livre de Francfort en Allemagne, et se rendra en avril à la Foire du livre jeunesse de Bologne, en Italie, pour élargir son lectorat européen.

Li dit que, à chaque participation à un salon, son stand présente environ 60 BD taïwanais différents, de styles variés, avec un total de près de 400 exemplaires à vendre. Grâce à ces œuvres, elle échange directement avec le public et a constaté que de nombreux lecteurs français ont en réalité déjà lu des BD taïwanais, sans savoir que leurs auteurs étaient taïwanais, pensant parfois qu’ils venaient du Japon ; d’autres, séduits par la nouveauté du style graphique et des thèmes, y ressentent une universalité affranchie de toute contrainte.

Prenant l’exemple de « Rest in Pieces », l’un des titres les plus populaires récemment, publié en France seulement en janvier, le style horrifique de Karmarket attire même des lecteurs très jeunes, impatients de l’essayer. « Console 2073 » de Pao-Yen Ding déborde d’imagination et raconte une histoire du futur à partir de jouets rétro, ce qui séduit autant les adultes que les enfants. Quant à « Toi et moi le jour de la grande catastrophe » de Pam Pam Liu, qui mêle absurdité et humour noir, c’est exactement ce que les Parisiens aiment le plus.

Li indique qu’elle rencontre souvent, sur son stand, des Français qui se sont déjà rendus à Taïwan ; ils reconnaissent avec émotion les paysages taïwanais dans les BD et souhaitent en apprendre davantage sur l’histoire et la culture de Taïwan à travers le manga taïwanais.

Par exemple, « Somnolences » de Pei-Hsiu Chen, qui rassemble le quotidien urbain de dix femmes de Taipei, dépeint les paysages de la ville de manière réaliste et sensible, ce qui pousse toujours les lecteurs à tendre la main pour le toucher. « L'assaisonnement du bonheur » de Ruan Guang-Min, centré sur les stands de rue et les petits plats taïwanais, est pour les lecteurs français plein de charme asiatique, et le mot « Bonheur » dans le titre a encore davantage propulsé les ventes du livre. Les trois ouvrages de la mangaka taïwanaise installée en France Li-Chin Lin présentent quant à eux l’histoire de Taïwan à travers une histoire personnelle, tout en dessinant aussi les chocs culturels entre Taïwan et la France.

Li dit que la plus grande satisfaction qu’elle retire depuis la création de « La boutique de Taïwan », c’est que des lecteurs français rencontrés lors de festivals de bande dessinée ont commencé à lui faire confiance et sont devenus des clients fidèles. Ils ne veulent pas seulement l’entendre présenter des livres, mais aussi connaître ses impressions de lecture et ses interrogations, afin de découvrir davantage de mangas taïwanais et Taïwan lui-même, et ils lui commandent directement des livres pour la soutenir, au lieu de les acheter dans des chaînes de librairies.

Installée en France depuis 10 ans, et ayant travaillé 12 ans à la représentation de Taïwan en France, Li estime qu’aujourd’hui, lorsqu’elle présente Taïwan aux Français, c’est un peu comme autrefois lorsqu’elle présentait la France aux Taïwanais ; elle espère pouvoir « donner un coup de pouce » à la diplomatie culturelle de Taïwan.

Li explique qu’un BD taïwanais qui parvient à être publié en France en traduction française nécessite les efforts conjoints de nombreuses parties : du ministère de la Culture, de TAICCA, des maisons d’édition, des responsables des droits, ainsi que de divers acteurs de la société civile ; quant aux mangakas eux-mêmes, ils doivent aussi faire beaucoup d’efforts. Grâce à la promotion active de tous, elle espère aider chacun à accumuler des lecteurs fidèles, devenir un pont, apporter les livres devant les Français, les recommander selon leurs goûts, puis les faire acheter.

Lors du Grand Off d’Angoulême, à la fin janvier, Li a collaboré avec le journaliste français spécialisé en bande dessinée Laurent Melikian pour coorganiser une exposition, présentant sur son stand la page la plus remarquable d’une œuvre de chacun de 14 mangakas taïwanais, attirant les visiteurs à les admirer l’une après l’autre, puis à les acheter.

Li dit que, parmi eux, deux mangakas n’ont pas encore d’ouvrages traduits en français, mais qu’elle estime qu’il faut absolument les présenter : ce n’est qu’en étant vus qu’ils auront une chance.

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